Lorsqu’on parle des violences faites à la femme en République Démocratique du Congo, on a en vue que les violences sexuelles ; peut –être par ce que c’est la forme extrême de violences basées sur le genre après un meurtre, évidemment.
Mais, il existe une autre forme de violence dont la femme est victime chaque jour en silence et dans des nombreux foyers pour laquelle aucune statistique n’est publiée. En ville ou dans les petits villages, ces femmes se taisent et préfèrent souffrir : ce sont des femmes battues.
« On est dans une société où la femme prend le mariage comme une panacée, comme la solution à tous les problèmes. La femme congolaise n’est pas prête à saisir la justice contre son mari qui la bat. Elle préfère souffrir dans son mariage et ne pas exposer son mari. C’est qui est vraiment grave. ». Ces propos forts et tristes sont de Maitre Patrick PIDIKA Kihangu, avocat inscrit au tableau de l’ordre des avocats au près de la Cour d’appel de Kinshasa/Matete et activiste des droits de l’Homme au sein de la nouvelle dynamique de la jeunesse féminine, invité de notre émission questions de genre du 12 novembre 2013 sur la radio nationale, RTNC.

En RDC, il n’existe pas une réglementation juridique propre pour ce type de violence. Il tombe dans la catégorie de coups et blessures régit par le Code pénal congolais, livre II, dans ses articles 46,47 et 48, renseigne maitre Patrick PIDIKA Kihangu.
« Ce code réprime, d’abord, les coups et blessures simples, C à d des coups qui n’entrainent pas une maladie, une altération de la santé et autres sont réprimés par les dispositions de l’article 46 avec une peine de 8 jours à 6 mois de servitude pénale ou une amende actualisée en francs congolais. Le juge qui reçoit une telle action en justice a la latitude d’infliger l’une de ces 2 peines.
Lorsque les coups et blessures sont aggravés par le fait qu’ils ont occasionnés une maladie, une altération grave de la santé ou un handicap au travail. En ce moment là, c’est l’article 47 du même code qui prévoit que l’auteur doit écoper d’une peine d’emprisonnement de 1 mois à 2 ans de servitude pénale principale et d’une amende ou soit une de ces peines.
Le plus dure vient quand en battant sa femme et que cette dernière venait à mourir, en ce moment c’est l’article 48 qui veut que l’auteur puisse être puni de 5 à 20 ans de servitude pénale principale et d’une amende. Ici, le juge doit prononcer les 2 peines. »
Bien que les coups et les blessures soient répréhensibles vis –à- vis de la loi, les hommes qui portent main sur leur femmes ne prennent cet action de force qu’ils posent contre leur conjointes comme une violence faite à la femme. Maitre Patrick PIDIKA Kihangu le met sur le compte de l’ignorance. « Je ne vois pas comment on peut prétendre que ce n’est pas une forme de violences alors que la personne prétendue aimée est entrain de souffrir, d’être humiliée en public. C’est par manque d’amour que ces hommes peuvent penser que ce n’est pas un acte de violences ».
Chose, cependant paradoxale , dans la société congolaise, certaine femme voit dans les coups portés contre elles par le mari comme une preuve d’amour qui prouve à suffisance que son homme est jaloux. Il n’est donc pas rare d’entendre cette phrase à Kinshasa, la capitale «makofi eza pili pli ya bolingo, makofi elakisa nde bolingo càd les coups sont le piment ou preuve d’amour ».
Maitre Patrick PIDIKA Kihangu invite les médias et les organisations de droits de l’Homme à sensibiliser pour arriver à bannir cette compréhension faussée de la mentalité de gens. « Ce n’est pas normal et je ne comprends pas ces personnes qui se disent s’aimer et prétendre à ce genre de comportement qui ont des conséquences très néfastes dans la société. Je ne pense pas que cela soit prudent pour une femme d’attendre l’expression de l’amour de son mari à travers des coups. »
A la question de savoir si notre invité a déjà défendu des cas de « femmes battues » ou assisté à une telle affaire. Sa réponse est « nous avons des cas très rares. La proportion est extrêmement limitée». Elle est dénonciatrice que les femmes ne portent donc pas plaintes contre leur compagnon. « Souvent, c’est lors de procédure de divorce, que nous arrivons à être informée par la femme que son mari la battait et l’humiliait de fois en public. Et pourtant une tierce personne a aussi la latitude de dénoncer si la femme ne le fait pas. Tout comme le parquet »
C’est la dénonciation qui reste la faiblesse de la femme battue d’où l’appel de Maitre Patrick PIDIKA Kihangu, avocat et activiste des droits de l’Homme : « il faut que les victimes commencer à dénoncer. Ne fut ce que venir auprès de structures comme la notre. Quand nous sommes saisis, nous pouvons à notre niveau saisir le mari, en essayant de lui faire voir les gravités ou les sanctions qu’il encourt s’il continue à réitérer avec de tels actes. On leur dit que la structure est en mesure de les accompagner devant les instances judiciaires gratuitement. Et de cette manière, je crois que le droit pourrait être rétabli de leur coté ».
Maitre Patrick PIDIKA Kihangu nous a avoué « n’avoir jamais levé la main sur son épouse ». Chose étonnante, ces maris qui battent leur femmes le font de foi pour des faits banaux et anodins. La liste serait tellement longue pour tout citer et vous ne croirez pas toutes ces causes des coups sur les femmes .